Ecrire simplement est souvent plus difficile qu’écrire compliqué.

Quand je dis que j’écris pour le plaisir, beaucoup de personnes autour de moi me regardent avec des yeux exorbités.
« Quoi ? Mais c’est un enfer d’écrire ! Je me souviens des dissertations au collège, du casse-tête d’une lettre de motivation… »

Chacun y va de ses mauvais souvenirs, des souvenirs qui visiblement ont laissé de grandes cicatrices. Cicatrices physiques également puisqu’on me dit aussi que ça fait mal à la main, aux doigts.
Pour ce qui est de ces dernières cicatrices, de nos jours nous avons un clavier qui nous évite ces douleurs et qui nous donne la possibilité, lorsqu’on maîtrise un peu la machine, d’écrire presque aussi vite qu’on pense. Ce qui permet de ne pas oublier ce qu’on avait envie de dire trois secondes plus tôt, ce qui est déjà une victoire.

Quand je parle d’urgence, je ne parle pas de lettre de motivation bien évidemment. Je parle plutôt de cette urgence d’utiliser les mots pour mettre un peu d’ordre dans ses idées. Un journal, un texte, quelques phrases griffonnées quelque part, ou cet article par exemple.
Les mots restent malgré tout nos meilleurs outils pour transmettre à quelqu’un, d’une manière simple et claire, ce que nous avons réellement l’intention de dire.

Il y a le langage oral, dans lequel les mots sont souvent moins réfléchis.
“Maintenant fous-moi la paix” se traduira par “Cordialement” à la fin d’un mail. J’y reviendrai dans un autre article.

Et puis il y a le langage écrit, que certains considèrent encore comme une ascension insurmontable de l’Everest grammatical.
Pourtant, nul besoin de faire des phrases de quatorze lignes pour être percutant. Encore moins d’utiliser des mots obscurs simplement pour impressionner quelqu’un. Mais beaucoup de gens pensent encore qu’écrire compliqué revient à écrire intelligemment.

Alors qu’en réalité, les textes les plus agréables à lire sont souvent les plus simples.
Pas simplistes. Simples. Nuance importante.
Mais écrire simplement demande aussi un vrai travail. Heureusement un travail un peu plus agréable que l’analyse grammaticale d’une proposition subordonnée circonstancielle de concession un lundi matin à huit heures.
Il faut raccourcir certaines phrases. Retirer les mots inutiles. Éviter les tournures qui cherchent visiblement à impressionner quelqu’un. Accepter aussi qu’un texte puisse être clair sans avoir l’air moins sérieux.

Et surtout, il faut penser au lecteur.

Oui, cette personne fatiguée qui essaie de comprendre votre phrase pendant sa pause de midi avec un café tiède dans une main et huit notifications dans l’autre.
Un texte fluide ne donne pas l’impression qu’on doit le “traverser”. Il avance naturellement. Les phrases respirent. Les idées s’enchaînent sans que le lecteur ait besoin de relire trois fois le même paragraphe pour vérifier qu’il n’a pas perdu connaissance au milieu d’une subordonnée.

Le problème vient souvent de cette envie de “bien écrire”. Comme si écrire simplement risquait soudainement de faire perdre toute crédibilité. Alors on ajoute des mots. Des formulations. Des détours. Des expressions qu’on ne prononcerait jamais dans une conversation normale avec un être humain.
Personne ne dit :
“Je vous recontacte ultérieurement afin d’optimiser la transmission des éléments susmentionnés.”
Enfin j’espère.

Écrire simplement ne veut pas dire écrire moins bien. Cela demande souvent davantage de précision, davantage d’attention et probablement un peu moins d’ego. Parce qu’au fond, un bon texte n’est pas celui qui impressionne le lecteur.

C’est celui qui lui donne envie de continuer à lire.

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