Nicolas Feuz,  Polars Thrillers

La Secte

La Secte de Nicolas Feuz est un thriller littéraire haletant qui combine enquête policière, huis clos psychologique et résonance historique. L’intrigue prend place dans les Alpes suisses, dans un refuge de montagne totalement isolé, coupé du monde moderne. Six participants s’y rendent pour un stage de remise en forme, motivés par des raisons personnelles très différentes : besoin de se reconstruire, envie d’évasion ou quête d’un nouveau départ. Parmi eux se trouve l’inspectrice genevoise Ana Bartomeu, déjà connue des lecteurs de Feuz, qui pensait elle aussi profiter de cette retraite pour souffler, loin des enquêtes et de la criminalité.

Mais très vite, l’atmosphère bascule. D’abord imperceptibles, des faits troublants s’installent : comportements étranges, tensions internes, coïncidences inquiétantes. Puis viennent les premiers drames : des morts inexpliquées qui ne ressemblent ni à des accidents ni à des causes naturelles évidentes. La tempête de neige, qui finit par les emprisonner complètement, renforce l’oppression du lieu : plus aucun secours ne peut arriver, plus aucune information ne peut sortir. Ce refuge, censé être un lieu de guérison, devient un piège glacé où la peur s’intensifie et où chacun commence à douter des autres… et parfois de lui-même.

L’ombre du passé plane sur ces événements. Le récit est inspiré des faits réels liés à l’Ordre du Temple Solaire (OTS), une secte ésotérique tristement célèbre pour les suicides et massacres collectifs qui ont marqué la Suisse et la France dans les années 1990. Nicolas Feuz intègre subtilement le symbolisme, les croyances, l’aura mystique et les traumatismes collectifs laissés par l’OTS.

Ce roman est un thriller extrêmement prenant, porté par un rythme qui ne laisse aucun temps mort. L’un de ses plus grands atouts est d’être ancré dans une histoire vraie, celle de l’Ordre du Temple Solaire : cette base donne immédiatement plus de poids aux zones d’ombre du récit. On lit le roman avec une sensation particulière, celle que la fiction pourrait presque effleurer la réalité, et que les croyances, les symboles ou les manipulations décrits ne sortent pas entièrement de l’imaginaire. Cela crée une forme d’immersion plus forte que dans un thriller totalement inventé.

Le roman ne repose pas seulement sur l’enquête, mais aussi sur les dynamiques humaines, les conflits latents, les fragilités et les non-dits. On s’attache aux personnages, puis on doute d’eux, puis on les comprend. Un jeu psychologique très bien mené.

C’est un livre qui se dévore, tout en réveillant une mémoire collective encore sensible en Suisse. Pour moi, c’est un excellent thriller, aussi plaisant qu’inquiétant.

Le Chien Blanc

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